METAL PULSE #2 : Interview AORLHAC

AORLHAC porte le black metal occitan à METAL PULSE #2 : mémoire médiévale, héritage d’oc et énergie brute sans artifices.

METAL PULSE

À la croisée des vents, AORLHAC fait souffler sur METAL PULSE #2 un black metal profondément enraciné dans l’Occitanie, entre chroniques d’antan et mémoire médiévale. Dans cette interview, Spellbound revient sur l’héritage transmis par le fondateur Mathieu, la manière dont le territoire façonne l’esthétique du groupe, l’équilibre entre héritage historique et poésie plus contemporaine, la fusion entre colère vocale et composition, ainsi que leur approche de la scène, brute et sans artifices, où seule la musique fait office de rite.

Question 1

AORLHAC porte le nom ancien d’Aurillac et puise dans l’histoire d’oc, les chroniques régionales et une mémoire médiévale très forte. Comment cette attache au territoire façonne-t-elle concrètement vos textes, vos choix esthétiques et votre manière d’envisager le black metal ?

Spellbound :

C'est exact.

Nous nous inscrivons clairement dans ces thématiques depuis le départ par le biais et sous l'impulsion de Mathieu, ex bassiste et fondateur d'Aorlhac en 2006. Mathieu travaillait dans l'histoire de l'art et il y avait cette volonté d'ancrer notre metal dans quelque chose d'historique, nous positionnant tels des témoins respectueux de nos aïeux, le but étant de faire tout notre possible pour par exemple déterrer des figures locales fortes, ou axer le propos sur le territoire, en élargissant le tout à l'Occitanie, vaste contrée dont nous nous servons régulièrement comme trame de fond.

L'esthétique globale d'Aorlhac en est donc bien entendu impactée, c'est notre identité, nos fondations. Pas en live du coup, car nous ne sommes pas de ces projets "à thème", mais plus dans le fond des choses, et dans l'imagerie discographique via les pochettes et les illustrations des livrets.

Question 2

Vous évoluez dans un genre historiquement marqué par des imaginaires nordiques ou génériques. Comment avez-vous construit une identité profondément occitane sans tomber dans le folklore figé, mais en gardant une tension vivante, presque contemporaine, dans votre propos ?

Spellbound :

Au final, nous ne faisons que partager un héritage, relayer et transmettre des récits ou des écrits d'érudits locaux.

Ceci dit, le propos global évolue ces dernières années vers quelque chose de parfois plus poétique, de moins centré sur des faits historiques purs et durs, surtout depuis que j'ai pris le contrôle et la direction globale sur les textes, soit depuis 2018.

Dans un monde moderne gangréné par l'art de tout consommer de manière excessive et ultra rapide, où tout devient jetable et remplaçable, il est parfois bon de se souvenir qu'il existait un autre temps, et une autre manière d'aborder les choses. C'est aussi pourquoi nous aimons tant regarder dans le passé, d'une certaine manière.

Question 3

Vos albums ressemblent souvent à des fresques où se croisent histoire, colère, dignité et violence très incarnée. Quand vous composez, pensez-vous d’abord en termes de “chronique historique”, de catharsis émotionnelle, ou les deux se mélangent-ils de manière instinctive au fil de l’écriture ?

Spellbound :

Au tout départ, je concevais Aorlhac comme une sorte d'excuse me permettant de m'exprimer en tant chanteur extrême, plus qu'une implication franche et nette dans la direction du champ lexical global, qui a été quelque chose de plus ou moins imposé au tout début de l'histoire du projet.

Cet aspect s'est d'ailleurs renforcé et révélé sous une autre forme plus récemment, lorsque j'ai créé Jours Pâles, mon second groupe. Il faut vraiment voir Aorlhac comme ça : Il y a cette colère, cette haine, qui s'impose et se traduit vocalement, de fait à travers moi.

Et il y a la force de composition musicale de NKS. Les deux sont intimement liés et restent le noyau dur de cette entité.

Question 4

Sur scène, votre black metal médiéval semble fonctionner comme un rite où le public traverse avec vous ces récits d’antan. Comment travaillez-vous le live pour que ces histoires locales, parfois très ancrées dans un contexte précis, deviennent parlantes et percutantes pour un public plus large, en France comme à l’étranger ?

Spellbound :

En fait, je pense qu'on est un peu des punks par certains aspects. Nous ne perdons pas trop de temps à tergiverser, nous allons à l'essentiel, et c'est plus l'énergie brute qui nous anime et qui prime, surtout sur scène. Nous sommes tous plus ou moins éclatés géographiquement parlant, donc nous répétons assez peu.

Ajoutant à cela que nous n'avons pas pris la décision de se vêtir autrement que de manière "lambda" quand nous sommes sur scène, tu peux vite arriver à la conclusion que nous préférons laisser parler la musique d'elle même, sans trop d'apparats, sans trop de chichis et jusqu'ici, il me semble que la formule fonctionne pas mal.

Notre longévité, les nombreux concerts en France comme à l'étranger en témoignant plutôt bien je suppose.

Et comme toujours retrouvez l'analyse de nos voix IA pour les malvoyants : Lyra et Magnus.